Plaidoyer


NAISSANCE DU FORUM DE PLAIDOYER ET D’ACTION DU TOURISME ( T A A F )

Un groupe de militants individuels dans le domaine du tourisme et des représentants de groupes de la société civile provenant de six continents, se sont réunis à Istanbul du 28 au 30 Août 2014 pour discuter des droits humains, de la justice sociale et des questions de durabilité dans le tourisme. Le résultat de la réunion était la création du Forum de  Plaidoyer et d’Action du Tourisme  (TAAF)) comme première étape pour reconstruire un réseau international et un forum pour le dialogue courageux sur les impacts du tourisme et pour développer une plate-forme mondiale proactive d’action et  de défense du tourisme.


MEMBRES FONDATEURS

EQUATIONS, Inde
Dr Freya Higgins-Desbiolles, expert en tourisme, Australie
Centre de soutien international pour un tourisme durable, Canada
Rami Kassis, Groupe pour un Tourisme Alternatif, Palestine
Taisser Maray, Golan pour le développement des villages arabes, Plateau du Golan
Navaya ole Ndaskoi, Forum pour les organisations non gouvernementales des éleveurs autochtones , Tanzanie
Pierrette Nicolosi, Altervoyages, Mouvement Chrétien pour la Paix, Belgique
L’équipe pour l’investigation et la suivie en tourisme ( tim-team), Thaïlande
Rodrigo Ruiz Rubio, Vertientes del Sur – Perú
Ranjan Solomon, Badayl / Centre pour un Tourisme Responsable Goa, Inde


CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Nous nous sommes réunis à Istanbul en raison de notre reconnaissance partagée de la nécessité urgente de reconstruire un réseau et un forum internationaux de dialogue courageux sur les impacts du tourisme mondial. Nous sommes hautement préoccupés par la convergence des crises mondiales actuelles, qui se manifestent avec une intensité particulière et grandissante à travers le tourisme, et inclut à la fois la crise de la biosphère et les nombreuses crises sociales qui l’accompagnent. Ces crises multiples affectent profondément l’humanité, les enfants  d’aujourd’hui en particulier et les générations futures du monde, et méritent notre action collective immédiate. Nous nous battons  donc  pour une plate-forme proactive de défense et d’action mondiale sur le tourisme.

Nous attirons l’attention sur les inégalités et les injustices grandissantes caractérisant à la fois l’industrie mondiale du tourisme et ses modèles industriels pour le développement. C’est un moment historique pour tous les acteurs de la scène du tourisme mondial de repenser le tourisme et de reconnaître que le tourisme n’est pas un droit, mais un privilège, et de plus en plus un privilège controversé. Par conséquent, nous souhaitons inspirer une communauté responsable, équipée pour s’engager dans la défense et l’action pour un changement fondamental dans la politique et la pratique du tourisme. A partir de cet instant, notre effort doit inclure de pointer du doigt et d’affronter les réalités sociales, économiques et politiques, qui sous-tendent les relations d’exploitation qui caractérisent l’industrie mondiale du tourisme.

Le tourisme est une force politique qui peut profiter ou nuire. Compte tenu des défis graves et de plus en plus croissants du tourisme tels que les changements climatiques, la destruction de la biodiversité, et la perte de la culture – qui portent des menaces locales et mondiales immédiates pour toute l’humanité – nous soulignons la nécessité d’examiner les fondements structurels de ces injustices généralisées bien que inégalement réparties. Nous insistons sur la nécessité de soutenir le bien-être des populations vulnérables et opprimées concernées par le tourisme, y compris les peuples autochtones et les autres personnes socialement marginalisées, notamment les femmes et les enfants.

Nous notons également la nécessité de soutenir les personnes touchées par les inégalités concernant la liberté de voyager – comme les éleveurs, les réfugiés et les travailleurs migrants.  Parmi ces groupes sociaux, beaucoup sont déplacés de leurs terres ancestrales, des sites sacrés,  et dépossédés de leurs besoins de base indispensables  tels que l’eau, le logement, la nourriture. Un nombre alarmant de ces peuples, communautés et individus sont contraints par l’industrie du tourisme de travailler dans des conditions d’esclavage ou  proches de l’esclavage. Compte tenu de ces tendances, nous devons éliminer les obstacles institutionnels qui empêchent la mobilité physique et sociale, la continuité dans les pratiques culturelles, ainsi que les moyens de subsistance dignes et sûrs qui sont essentiels à leur bien-être. Il nous incombe de travailler ensemble pour éviter ces dommages.

En reconnaissant ces comportements qui doivent être combattus et changés, nous demandons le respect des populations locales dont la vie quotidienne est directement impactée par le tourisme. La solidarité et l’action concertée sont nécessaires pour poser les bases éthiques pour une transformation radicale de la politique et de la pratique du tourisme.


VALEURS

En reconnaissant les coûts profonds et réels du tourisme, il est essentiel(vital) de définir les valeurs et les principes par lesquels nous changerons le discours dominant sur le tourisme.

Notre initiative a une vision distincte, façonnée par les valeurs découlant aussi bien des réalités, expériences, besoins, aspirations et droits des peuples , du combat des populations des pays en développement, ainsi que de  l’expérience des  peuples qui subissent l’oppression et la disparité à cause du tourisme.

Tout d’abord, nous voulons clarifier les valeurs qui définiront notre organisation. En tant que groupe, nous réfléchissons sur notre mode d’avancer dans le plaidoyer, à la fois sur  ce que nous avons accompli en tant que réseaux mondiaux, ainsi que  sur  les limites de notre travail – en particulier, dans le travail avec et au service des populations locales concernées par le tourisme.  Nous affirmons notre engagement à être le changement que nous voulons voir dans le monde. Au sein de notre réseau, nous nous battons pour la collaboration  transparente et responsable à travers une éthique d’entraide et de non-concurrence. Nous insistons sur l’inclusion de tous, sur la base de nos valeurs, principes et visions communs. Nous soulignons que notre travail est caractérisé par notre indépendance vis à vis des entreprises et de leurs intérêts.  Nous cherchons  une collaboration  respectueuse avec ceux ayant des points de vue différents; cependant, nous combattrons les acteurs qui portent atteinte aux valeurs humaines, à commencer par nos propres réseaux d’ONG dans le domaine du tourisme.

Nous sommes déterminés à promouvoir une approche holistique du tourisme. Cela nécessite une révision radicale du discours dominant. La décolonisation du débat mondial du tourisme est nécessaire. Cela implique la lutte pour l’équité et la justice dans tous les discours et processus en matière de tourisme. Avant tout, nous voulons ouvrir de nouveaux espaces pour les peuples vulnérables au tourisme, leur permettre d’exprimer de leurs propres voix leurs expériences et leurs besoins, dans leur langue, et selon leurs coutumes. Notre priorité est d’amplifier la voix des populations concernées et en particulier des enfants et des femmes.


PRINCIPES

Nous appelons à une décolonisation complète du tourisme et de tous les processus liés au tourisme, y compris les cadres et dialogues institutionnels sur les politiques et la pratique du tourisme. Nous sommes guidés par les principes de l’autodétermination et par l’attention que nous portons à nos concitoyens.  Les récits sur le tourisme doivent mettre les peuples et les communautés défavorisées, y compris la génération actuelle d’enfants, en première place. Il est essentiel de distinguer les formes locales de tourisme qui sont une force politique  avantageuse, des modèles mondialisés de tourisme qui finissent par nuire  aux personnes et aux lieux.

Nous avons une responsabilité commune pour évaluer les alternatives de tourisme sur plusieurs niveaux, à la fois avec une éthique de la justice et de la responsabilité – comprendre les défis planétaires actuels par les luttes locales. Par conséquent, nous insistons sur la nécessité de réexaminer de manière critique les barrières structurelles politiques et économiques qui entravent un véritable tourisme durable et ceci, à la fois dans un cadre local et mondial en matière de gouvernance (par exemple, dans les institutions et les processus responsables de l’élaboration des politiques de développement).

Notre travail doit assurer des relations de non-exploitation dans le tourisme. Cela comprend la lutte contre les forces destructrices du capitalisme, le racisme et autres formes de discrimination et d’oppression. C’est la base de notre solidarité. Cela implique à la fois  de prendre soin de la biosphère que nous partageons et de tous les peuples et  êtres vivants qui y vivent.

Nous nous engageons à des principes d’action fondés sur la justice sociale, y compris soutenir le droit des peuples et des communautés à dire non au tourisme. Nous notons en particulier l’importance du droit de la transmission intergénérationnelle, constatant l’érosion des systèmes de connaissances autochtones du monde entier, la perte de la culture.

Les modèles de développement inadaptés de l’industrie mondiale du tourisme doivent être corrigés. Un élément essentiel de ce constat est le développement controversé du tourisme. L’accumulation de la dette du tourisme (qui est, sociale, culturelle, sans oublier les dommages environnementaux) n’est pas une option acceptable. L’humanité se trouve à un moment où nous devons rejeter les pratiques qui sont intrinsèquement non durables.

Nous exhortons avec instance une approche de précaution, fondée sur la sagesse.


ACTION

Notre action est orientée vers une transformation profonde du système du tourisme, de favoriser l’émergence d’une société qui honore la justice, l’équité, la diversité, l’interdépendance et la paix. Les éléments centraux de notre action incluent:

  • Une défense qui met en évidence et soutient les luttes locales, fondée sur la recherche-action proactive concernant le droit coutumier et les protocoles culturels;
  • Faire entendre la voix des peuples dans les arènes nationales et internationales;
  • Réunir les peuples afin qu’ils puissent se mobiliser ensemble pour protéger leurs droits;
  • Servir de «dénonciateurs» pour exposer les violations contre les droits des peuples parmi lesquels les droits à une biosphère saine;
  • S’opposer à la cooptation de la terminologie de la justice sociale, des droits humains et du développement durable – en particulier par les institutions et organismes dont les mandats sapent ces principes fondamentaux;
  • Dénoncer l’OMT en tant qu’organe au service de l’industrie qui est intrinsèquement incapable de développer ou de superviser une vision du tourisme durable;
  • Agir et manifester symboliquement pour exprimer nos préoccupations et visions.

Nous sommes solidaires, pour une pratique profondément transformatrice dans le secteur du tourisme – fondée sur l’attention mutuelle.


POUR EN SAVOIR PLUS

TAAF – Déclaration pour un tourisme juste – mars 2018

Tourisme et Dystopie Numérique

 

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